Election municipale et culture

Election municipale et culture

Les Siestes bénéficient des conseils d’un cercle de marraines et de parrains. Certain·es de ses membres ont voulu rappeler aux candidats au Capitole que la culture, au sens large, comptait significativement dans le dynamisme de l’agglomération toulousaine.

Laisser-faire culturel, dynamisme créatif et devenir toulousain

Si les acteurs culturels défendent ardemment les droits culturels de nos concitoyens, nous, acteurs économiques, universitaires et médiatiques, accessoirement marraines et parrains du festival musical toulousain Les Siestes, constatons que la culture n’a pas encore pris la place qui devrait être sienne dans la campagne municipale. Nous souhaitons dès lors rappeler à nos futurs édiles que la culture est une composante vitale du développement équilibré et durable des territoires.

Nous osons croire que ce point est aujourd’hui acquis. Pas par angélisme ou automatisme, mais parce que la culture n’a jamais été aussi primordiale, notamment d’un point de vue économique. Loin de nous l’idée que la culture ne saurait compter pour elle-même, que son pouvoir émancipateur pour les individus et que la valeur universelle de la liberté d’expression ne suffisent pas, mais nous reconnaissons, de manière purement factuelle, la prédominance des enjeux économiques quand il s’agit d’évoquer le développement de notre agglomération.

Or, il faut bien comprendre que la culture et les biens symboliques qu’elle produit participent activement de la plupart des processus de création de valeurs qui portent la croissance mondiale aujourd’hui. Sans culture ni créateurs, la mode, la publicité, toute l’industrie vidéoludique, mais aussi le tourisme autant qu’une bonne partie de l’activité des géants du web tournerait à vide (sans musique, YouTube ne serait pas rentable, par exemple).

Plus stratégique encore, les territoires qui ne produisent pas d’imaginaire florissant semblent comme flotter dans un espace indéterminé, incapable de développer leurs récits territoriaux et de les projeter dans l’avenir. Or, nous estimons que les imaginaires toulousains ne sont pas suffisamment diversifiés pour pouvoir être porteurs sur le long terme, ils ne représentent pas toute la vitalité de l’agglomération.

Il ne devrait pas seulement être question de défendre, de manière générale, la place et l’importance de la culture, mais d’interroger la capacité de l’agglomération toulousaine d’être visible et active au sein de la compétition qui se joue dans la production de biens symboliques culturels et de nous interroger collectivement sur notre capacité à produire du bien commun à partir de ces "produits" culturels (et pas seulement de la valeur pécuniaire).

En d’autres termes, sommes-nous capables de représenter un territoire leader (et non suiveur) en matière d’imaginaire ? Et tout aussi important, si ce n’est plus, sommes-nous capables de le faire de manière inclusive, dans une perspective de politique publique forte, au bénéfice de tous nos concitoyens ?

Le débat est vaste, il ne peut se cantonner au développement des industries culturelles et créatives. Si son épilogue reste largement à écrire, nous souhaitons ici faire valoir qu’un événement populaire et qualitatif comme Les Siestes représente un atout indéniable pour Toulouse dans son affirmation culturelle mais, plus largement, nous souhaitons proposer 3 idées relativement simples à mettre en œuvre et qui favoriserait une expression culturelle plus foisonnante sur le territoire :

- La culture est toujours à la recherche de lieu d’expression. Pourquoi ne pas systématiser la mise à disposition temporaire des lieux dont la maîtrise foncière est publique ? Si la halle de la Cartoucherie a timidement montré l’exemple, il aurait été possible de faire bien plus, depuis bien plus longtemps. Par ailleurs, il n’a rien été possible de faire au CEAT ou aux halles Latécoère et l’aménagement du quartier Grand Matabiau (TESO) semble bien parti pour oublier largement la culture (à l’exception du projet « La Forêt Électrique »), alors que les locaux vacants y sont nombreux. De même, pourquoi ne pas imaginer des usages culturels dès aujourd’hui à La Grave et à la prison Saint-Michel puisque leur destination culturelle est présumée depuis des années. La Ville et la Métropole de Toulouse pourraient, à l’instar du Grand Lyon ou de la Ville de Paris, faciliter ces exploitations intercalaires de nature culturelle dans des cadres réglementaires maîtrisés aux bénéfices de tous (riverains, futurs acquéreurs et exploitants, artistes locaux).

- Toulouse regorge de festivals, c’est un fait. Or, certains sont à l’étroit dans leurs écrins respectifs de centre-ville. L’aménagement de l’île du Ramier représente une occasion unique de penser une zone évènementielle adaptée aux besoins des opérateurs culturels comme des habitants. On imagine une île du Ramier reconfigurée, île proposant une offre culturelle et sportive riche, ouverte à tous, à l’instar du parc Jean Drapeau à Montréal.

- Plusieurs laboratoires de recherche réputés sont installés à Toulouse, lui conférant une notoriété internationale sur le champ des sciences. Dans le domaine culturel, nous manquons de lieux de réflexion, de prospective et de recherche de haut niveau. La présence artistique sur le territoire est ainsi notoirement faible. Les festivals et équipements toulousains devraient pouvoir bénéficier de budget R&D, développer des programmes de résidences artistiques nombreux et ambitieux. L’isdaT comme l’Université Jean Jaurès pourrait ouvrir des incubateurs culturels. Toutes les écoles et campus de Toulouse pourraient d’ailleurs s’ouvrir aux champs de la culture.

En résumé, nous appelons nos futurs édiles à créer plus d’opportunités pour les créateurs en leur laissant la jouissance du plus de lieux possibles, à plus de laisser faire dans une certaine mesure, et les invitons à financer, en parallèle, une politique de R&D ambitieuse dans le secteur culturel pour produire plus d’idées, de savoirs, d’expérimentations, de créations qui exprimeront pleinement et internationalement la diversité et le dynamisme de l’agglomération toulousaine.

Mehdi Berrada
Benjamin Böhle-Roitelet
Audrey Dussutour
Paul Monnier